Avocat Nice et Carros

CONFIDENCES D’UN AVOCAT EXERÇANT À :
NICE ET CARROS

Pourquoi avoir choisi la profession d’avocat ? Peut-on parler de vocation ?

Je dirais que je n’ai pas choisi ce métier (j’emploie le terme de métier et non de profession, volontairement, car il implique, selon moi, un apprentissage, une expérience et une certaine pérennité) mais c’est ce métier qui m’a véritablement attiré, sans que je puisse lui résister.
C’est, peut-être, cela, la vocation : Une attirance irrésistible que l’on ne décèle qu’avec le temps et lorsque le parcours est déjà bien entamé.
Sur un plan familial, culturel ou social, rien ne me prédestinait à exercer une profession libérale et le métier d’avocat à NICE et à CARROS, si ce n’est un intérêt immodéré pour ce qui peut paraître injuste et une ferme volonté d’agir toujours librement.
En deux mots, ce qui a conduit mon choix ? : La justice et la liberté.

Comment ce métier a-t-il évolué depuis près de 30 ans ?

Le métier d’avocat n’a cessé d’évoluer depuis ma prestation de serment en 1991.
La TVA appliquée à nos clients a bousculé notre quotidien puis la profession de conseil juridique a fusionné avec celle des avocats ce qui a, de nouveau, changé nos comportements.
Enfin, internet est devenu incontournable.
Dans le même temps, l’activité judiciaire a fait l’objet de plusieurs réformes, notamment, en procédure civile.
Un exemple concret : J’ai débuté ce métier, à NICE, en tant que stagiaire avec un ancien et brillant Maître de stage qui me disait quotidiennement « ne faites pas de droit, laissez le juge le faire pour vous… »
Aussi étonnant que cela puisse paraître, il en était ainsi, à l’époque : les conclusions pouvaient être une litanie de faits « sans queue ni tête ».
Je n’ai jamais respecté cette règle préconisée par cet ancien : Par respect pour le juge, par respect pour le client, et il faut le dire aussi, pour me respecter…
J’ai décidé, très vite, d’être en avance avec mon temps, en faisant référence, systématiquement, dans le corps de mes conclusions, dans le paragraphe « les faits », à mes pièces numérotées, et dans le paragraphe « en droit », en respectant la règle du syllogisme, et enfin en intégrant un 3eme paragraphe destiné à critiquer la position adverse.
Une telle démarche qui a été pour moi naturelle, est aujourd’hui... imposée par le Code de procédure civile.
L’exigence de démontrer par le Droit n’a, jamais, été aussi marquée.
De la même façon, l’oralité des débats est reléguée au second plan.
Nous écrivons plus et mieux…alors nous plaidons moins.
C’est logique : A quoi bon redire ce que l’on a déjà écrit ? Sauf, à le dire différemment de façon concise et…vivante.
On retrouve aujourd’hui plus que jamais, la qualité première de l’avocat : L’art de raconter une histoire et de démontrer … quand l’occasion lui en est donnée.
Je dirais que le talent est aujourd’hui dans la synthèse : Plaider de façon « ramassée » et efficace en 2, 10 ou 60 minutes, selon le dossier.
Les rapports avec le confrère ont également bien changé. La vie du Palais et du Barreau de NICE d’autrefois n’existe plus.
L’informatisation et internet ont rendu superflu un bon nombre de déplacements au Palais.
Les avocats sont plus nombreux que ce soit à NICE ou à GRASSE et le caractère anonyme de la relation prédomine. On peut le regretter.
Plus d’écrits, moins d’oralité, voilà ce qui caractérise, aujourd’hui, mon métier.
Certains le déplorent, pour ma part, cette façon de travailler m’a toujours convenu et me convient bien.

Si vous deviez qualifier le métier d’avocat en quelques mots ?

Justice, liberté, indépendance, loyauté et humanité ; difficile de choisir un seul mot. Je dois quand même préciser que le terme d’humanité me semble réunir les 4 premiers.
Il ne peut y avoir d’avocat sans lien avec ses semblables. Pour être avocat, il faut « aimer l’autre » à tout le moins, le comprendre.
Ne pas comprendre la personne que j’ai devant moi me contraint parfois à refuser un dossier. Je fais alors entière confiance au confrère qui me succède, et qui, dans un tel cas, fera en sorte que les intérêts du client soient assurés et que justice soit rendue.

Vos règles de conduite ?

L’esprit critique et l’humilité qui chaque jour me donnent la force d’exercer un métier qui ne cesse d’évoluer.
Le droit s’est complexifié, les procédures sont devenues précises, les clients sont exigeants, autant dire que, dès lors que j’ouvre un nouveau dossier, je souhaite toujours découvrir avec la ferme volonté de vérifier le Droit applicable.
Tout va très vite dans ce métier : l’agenda qui défile, les réforme au gré des nouveaux gouvernements et …les faits qui font le Droit et favorisent l’évolution de la jurisprudence.
Ce sont ces 2 qualités qui m’obligent, depuis près de 30 ans, à agrémenter, la fin de mon week-end, par la découverte, toujours avec plaisir, des dernières lois, des derniers décrets et des dernières jurisprudences tombés dans la semaine.

Le comportement des clients a-t-il changé ?

Les rapports avec les clients ont également évolué.
Le temps où l’avocat, par des termes recherchés et complexes, pouvait imposer son autorité intellectuelle est révolu.
La transparence, par internet, s’est imposée à nous.
Je ne m’en plains pas, tout au contraire.

Comment percevez-vous le travail des magistrats ?

Avec défiance et respect.
Défiance, car il est logique de soutenir des positions qui, parfois, peuvent déranger le juge qui à statuer. C’est lorsque des positions sont défendues avec fermeté que l’on peut, même, parler de défiance…
Respect car le métier de magistrat est difficile.
Depuis le premier jour, je fais en sorte de ne jamais associer le nom d’un magistrat à une décision que je trouverais des plus contestables.
Le respect est d’autant plus grand, qu’ils sont indispensables et que j’aurais le plus grand mal à exercer ce métier. (Je préfère, de nouveau, employer ce terme à celui de profession)
Qui ne se trompe pas ? Ceux qui ne font rien et n’agissent pas.
J’ai, par ailleurs, toujours considéré qu’il leur serait facile, pour certains, de relever dans leur décision les manquements et erreurs des avocats ; ce qu’ils ne font que très rarement.

Si vous deviez décider d’une réforme de la justice quelle serait-elle ?

Il y en aurait deux, principalement :

  1. Un accès à la justice pour tous. Je constate tous les jours, à NICE ou à CARROS, que cet accès est parfois limité, quand bien même des progrès ont été faits
  2. Une professionnalisation de la justice.
    Favoriser également, l’échevinage partout où cela est possible, c’est-à-dire faire en sorte que des magistrats connaissant parfaitement le droit et la matière, entourés de citoyen expérimentés, rendent la justice.

En guise de conclusion, comment voyez-vous le métier d’avocat dans une cinquantaine d’années ?

Vous voulez dire en 2067 ?
Je vois une distinction comme la connaissent déjà les Anglo-saxons, une distinction entre :
« Ceux qui savent », ceux qui ont la réponse à la question juridique posée, ou plus exactement ceux qui, aidés de moyens techniques importants, pourront savoir ;
et « ceux qui agissent », qui courant les Tribunaux, demanderont justice.

Je vois, également, une distinction, comme pour les langues. (Les langues vivantes et les langues mortes) :
Un droit « vivant » se caractérisant par une certaine complexité et la nécessité de faire appel à des professionnels du Droit reconnus que ce soit pour le justiciable ou le juge.
Un droit « mort » du quotidien, malheureusement, pour les particuliers ; simplifié à outrance, réglant, généralement, les problèmes en amont, sans juge professionnel et avec des conseillers de toutes sortes ; et, évidemment avec des échanges …à distance, par « visio-conférence ».

J’aurai alors raccroché ma robe depuis bien longtemps.